Mon Mémoire de recherche de licence
Deux ans de bénévolat au sein de l'association "Entraides citoyennes":
• Maraudes chaque samedi soir pendant un an, et distribution alimentaire exclusivement auprès des migrants de la porte de la Chapelle
• Rédaction d'articles dans la Newsletter de l'association
Ce qui a débouché sur :
Une étude sociologique à partir d'entretiens menés auprès des migrants et des bénévoles d'une association d'aide aux sans abris, afin de répondre à la problématique suivante:
"En quoi l'identité des bénévoles affecte-t'elle notre engagement auprès des SDF?"
Ce que j'ai appris de cette expérience de bénévolat et de ma licence ?
Au-delà du travail académique très formateur que représente un mémoire de recherche sociologique en licence, j'ai pris conscience de combien mon expérience de bénévolat avait été essentielle pour moi qui suis en situation de handicap. En effet, j'ai pu vérifier qu'être bénévole favorise la construction identitaire en permettant à ceux qui sont habituellement aidés de devenir acteurs de leur propre vie en donnant à leur tour.
Comme l'a démontré Marcel Hénaff avec "le donc cérémoniel comme invariant anthropologique": "en donnant on se présente comme un être humain et on reconnait l'autre comme tel, ce qui renforce les liens"
Pour respecter le cycle du don, les positions du donneur et du receveur doivent pouvoir s'inverser car sinon on rentre dans une relation de "dette" où ceux qui reçoivent sans donner risquent de perdre leur fierté.
Avoir pu, en aidant des migrants, alors que j'étais en fauteuil roulant, trouver pour la première fois de ma vie, une position de donateur m'a permis de sortir de ma frustration d'être toujours celle qu'on aide.
J'ai expérimenté par ces maraudes dans des conditions très difficiles: la nuit, sous le périphérique, en présence de personnes en souffrance, parfois violents, le fonctionnement du "cycle du don", notion théorique devenue concrète.
Les maraudes m'ont donné l'opportunité de "donner" alors qu'avec mon handicap je suis toujours "celle qu'on aide.
L'engagement associatif m'a permis de retrouver de la fierté.
J'ai même pu observer que les migrants cherchaient à inverser les rôles et à m'aider moi, dont le handicap leur en donner la possibilité; par exemple en rangeant mon fauteuils roulant dans la voiture quand je partais, ou en m'offrant une barre de chocolat qu'un autre bénévole leurs avait distribué.
J'ai pu expérimenter la relation de réciprocité et d'humanité.
C'est en cela, que si ma situation de handicap ne me permet pas de trouver un emploi, m'instruire, étudier, pouvoir décrypter grâce à des auteurs ce que je vis au quotidien, me fait progresser, m'enrichit, me donne une raison de supporter ma vie et de la réussir.
C'est tout cela qui me donne le courage de reprendre mes études , alors que pourtant les deux dernières années de maladie et d'hospitalisations avaient presque réussi à me faire tout abandonner.

